samedi 11 janvier 2014

L'Odyssée du lion: le quatrième jour, ou comment le lion fit halte le temps d'une dernière nuit

Le lion fit halte au quatrième jour et s'installa près d'un lac tranquille au milieu de la forêt. Le crépuscule prenait naissance et le lion se préparait à faire ses adieux. En effet, il devra saluer une dernière fois sa grande amie, la nuit, avant d'effectuer son périple, sa bataille ultime pour la liberté. Le lion était plein de chagrin, car la nuit avait toujours été son royaume. Bien plus que cela, elle avait été sa plus grande complice. Lorsque les journées n'avaient plus rien à offrir au lion, c'était la nuit qui lui faisait asile. Lorsqu'il se sentait plus que rejeté par ce monde auquel il n'adhérait pas, c'était dans la nuit qu'il avait trouvé son plus grand refuge. La nuit était tout pour lui et il voulait lui rendre tout son amour en cette soirée du Quatrième jour.

Lorsque le soleil fut depuis longtemps couché et que la lune atteignit son zénith, plus aucune larme ne perlait aux yeux du lion. Pourquoi pleurer une si grande amitié ? Ce n'était pas que de lui rendre hommage en pleurnichant de la sorte. Alors il se releva et se rapprocha du lac dans lequel il observa son reflet. Il y vit la lune, grandiose et solitaire dans un ciel sombre couvert de nuages. Dommage qu'il n'y ait pas eu les étoiles puisque le lion aimait bien ces petites âmes scintillantes qui accompagnaient l'astre lunaire dans sa trajectoire. Il se détourna du lac et se laissa couvrir par la brise calme du vent nocturne.

En vérité, le lion était un être de nuit. Tout le sang coulant en lui provenait de la nuit la plus sombre et brumeuse qu'il n'y avait pas. Pourtant, il lui fallait tuer la nuit pour vivre entièrement du soleil. Ce n'était que de cette façon qu'il parviendrait à recouvrir l'équilibre précaire de sa vie. Ce n'était pas un adieu véritable, seulement un hommage à son passé qu'il tenait à rendre avant de pousser son premier rugissement. Le lion était né d'une volonté et d'un espoir aussi brûlant que le soleil à son midi et d'une profondeur aussi insondable que la lune par temps nuageux. Et cela, il ne l'oubliera jamais.

Un peu avant l'aube, le lion parla ainsi: «Amie, nous partons tous les deux dans des directions complètement opposées et pourtant nos chemins ne pourraient être plus liés. Pardonne-moi ce départ, mais je me dois d'écouter mon cœur et il désire le soleil. Il a besoin du soleil. Il l'exige de son énorme voix et je me dois de l'écouter. Le jour où la volonté d'un individu sera contraire à la voix de son cœur, ce sera la fin de son règne et le début de sa déchéance. Nuit, j'espère plus que tout te retrouver dans une prochaine vie. Puisse ton immense clémence et ton amour pour les âmes solitaires ne jamais changer ! Je ne t'oublierai jamais. »

Le lion prit le temps d'apprécier la nuit jusqu'à ces dernières secondes. Il se laissa bercer par le calme, les yeux fermés, mais les sens enivrés de son amie. 


Alors le lion s'en alla, aussi léger que l'air. Ses pas le menèrent, candides, vers l'Aube naissante d'une merveilleuse journée.  

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