Je ne sais que faire de tout ce bouillonnement qui frissonne mon
corps. C'est comme si je canalisais cent mille énergies à la fois sans pourtant
réussir à en synthétiser une seule. L'énergie pénètre par mes jambes et remonte
tout le long de ma colonne jusqu'au haut de mon dos. Sur mon crâne danse une
couronne pourpre qui tangue sous la flamme de l'univers. Je respire cet air
nouveau qui balaie la terre aussi vieille que l'éternité. Et je me sens
renaître de mes cendres. Voilà toute ma force: je suis un phénix qui ne cesse
de vivre les renaissances de tous moments. Je ne peux endurer plus que quelques
instants un stade de ma conscience. Il me faut le mouvement. Il me faut bouger.
Je dois me sentir connecter à cette terre qui m'habite. Je dois vivre à cent
cinquante millions de kilomètres à la seconde tout en possédant la sagesse de
savoir savourer un instant aussi longuement qu'une vie. Voilà le paradoxe fort
simple de mon existence.
Alors que je passe la nuit debout et que
je n'ai point connu de sommeil depuis plus de vingt-quatre heures, je sens la
valse de la vie qui me rattrape. L'insomnie est parfois ma seule amie, mon seul
espoir avant l'aube et je me dois de la chérir. Le sol tangue sous mes pieds
alors que j'essaie en vain de me créer un centre de gravité. C'est comme ça la
vie: parfois on tente de se stabiliser et pourtant tout glisse vers le néant.
Je dois survivre jusqu'à l'aube pour vivre le septième ciel. C'est comme ça. Point.
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