mercredi 4 décembre 2013

L'immobilité tragique

Poésie moderne que d'attendre le bus
Parmi légion d'inconnus errants
Sous les abris mal chauffés du terminus
Sentiment d'impatience me rongeant

Il y a ceux qui attendent patiemment
Dos droit, cou relevé, regard résigné
Et il y a moi, toujours aussi impatient
Qui ne sait que faire de l'immobilité

Une dame console tranquillement son enfant
Lui murmurant paroles apaisantes
Et moi j'attends toujours, rêvant
Cajolant en mon être des pensées reluisantes

Je rêve au jour où le bus viendra
Ce véhicule glorieux tant attendu
Qui, au bout du monde, m'apportera
Ô désir de fuite incommensurable, défendu

Puis je pense à ce vieil homme
Attendant l'autobus depuis bientôt trente ans
Il parle d'une utopie, son royaume
Qu'il me décrit tout en souriant béatement

Une pensée me traverse l'esprit, véritable tumeur
Suis-je, tout comme lui, condamné ?
Enchaîné dans mon sommeil de rêveur
À attendre pour l'éternité ?

Suis-je ce vieil homme, accablé d'une jeunesse ?
Qui se croit désinvolte, rongé par l’irrésistible maladie
Ô angoisses terrorisantes, brume couvrant ma sagesse
Verrai-je un jour l'aurore d'un paradis ?



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